Chevreuse ville médiévale

Visite de la petite cité médiévale de Chevreuse et de son église saint-Martin.

La visite débute dehors, face à l’église et au château.

tracé approximatif de l’enceinte médiévale

Nous allons voir comment a été construite la ville de Chevreuse, et quels éléments d’architecture restent de cette période médiévale ; architecture civile, religieuse et même militaire.

Chevreuse en 1765

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Chevreuse se développe entre le château et l’abbaye :

Le site de Chevreuse est magnifique, avec une forteresse qui surplombe la vallée. Mais il y a 1000 ans le château n’existait pas. Par contre il y avait une abbaye.

Château, village et l’Hôtel-Dieu du XVI?

L’abbaye: A l’époque des rois carolingiens, on commence à avoir des écrits, c’est ainsi que l’on sait qu’en 980, une abbaye dédiée à Saint Saturnin était installée près de l’Yvette.

Le château n’existait pas. L’abbaye était en pleine campagne, entourée peut-être de quelques maisons

Un premier château, en bois est construit, et une petite ville commence à s’établir entre l’abbaye et le château.

En 1064, Gui 1er de Chevreuse donne l’abbaye et l’église paroissiale à l’abbaye de Bourgueil: l’abbaye Saint-Saturnin devient alors le prieuré Saint-Saturnin, avec un prieur qui dépendait de l’abbé de Bourgueil.

Le territoire autour de l’abbaye lui dépendait du seigneur de Chevreuse qui était vassal de l’évêché de Paris.

C’est l’époque ou des abbayes étaient implantées dans les forêts ou près de marais. C’étaient des lieux où on priait, mais aussi où on étudiait. Les moines mettaient en valeur les terres et développaient les activités agricoles. Autour, sur les plateaux, les paysans travaillaient leurs terres.

Cette abbaye était placée sur la route de Paris vers l’Ouest, vers le duché de Normandie et le duché d’Anjou.

Le château: Vers l’an mil, le domaine Royal, autour de Paris, se sentait menacé par les duchés voisins. L’évêque de Paris a choisi de confier la défense de la région autour de Chevreuse à des laïcs.

On dit qu’il a « inféodé la châtellenie de Chevreuse » aux seigneurs de Montlhéry. Ceux-ci choisirent la butte au-dessus de Chevreuse pour construire un donjon qui pourrait surveiller la route vers l’ouest, et devenir un des éléments de la défense du domaine royal.

Au début le donjon était en bois, entouré d’une enceinte. Vers 1075 le château a été agrandi, et le donjon reconstruit en pierre, puis des tours et des murs furent peu à peu ajoutés.

La ville: Une petite ville s’est établie autour de l’abbaye, au pied du château.

Vers 1150, l’abbaye-prieuré a été reconstruite en pierre, puis on a reconstruit l’église, paroissiale, petite,  avec un cimetière autour.  

Les fortifications: Vers 1380, une enceinte de fortification a été construite pour enserrer le château, les deux églises et la petite ville.

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L’abbaye sera endommagée pendant la guerre de cent ans, puis restaurée.

Vers 1562, une deuxième enceinte sera construite pour inclure les faux-bourgs, et les jardins jusqu’à L’Yvette.

L’église paroissiale sera agrandie , en particulier vers 1600 avec un nouveau choeur, après que le cardinal de Lorraine ait acheté le duché et que les Guise soient devenus les ducs de Chevreuse, et chefs de la ligue catholique. L’abbaye sera abandonnée.

De l’époque médiévale il reste les murs et colonnes de l’abbaye, et les bases de l’église paroissiale. Quelques maisons datent du XVe siècle, en particulier une ferme-maison rue de Paris et la très belle maison « des Bannières ». De nombreuses maisons du centre-ville sont du XVIIe siècle.

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La visite permet de voir le centre de Chevreuse à l’époque médiévale, et d’observer quelques bâtiments, de l’époque médiévale jusqu’au XVIIe siècle.

1: devant l’église

De l’ancien cimetière on a une bonne vue sur les deux églises et le château.

Il faut imaginer cette vue au moyen-âge:

Vue d’artiste du château, par Sauvageot en 1874
  • Sur le plateau le grand château fortifié, des murs à machicoulis et des tours couvertes de toits, une enceinte qui descend vers la ville.
  • A droite, la grande et haute église du prieuré Saint-Saturnin (tracé rouge).
  • A gauche une petite église assez basse, l’église paroissiale saint-Martin (tracé rouge).

L’aspect des deux églises est aujourd’hui inversé (tracé noir).

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Carte de 1701

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De 1 à 2  Aller devant le porche de l’abbaye Saint-Saturnin.

Details de St Saturnin XIIe (restaurée au XVIe, abandonnée au XVIIe.)

Petite abbaye qui fut donnée en 1064 à l’abbaye de Bourgueil, devenant un prieuré. Abîmée pendant la guerre de Cent ans, elle fut réduite.

Porche: Arcs presque en plein cintre (très ancien, de style roman)..

Colonnes et voutes: on voit des arcs brisés qui permettent de faire des bâtiments plus hauts.

Une partie d’un bas-côté, muré, côté jardin

Le prieuré où habitaient les moines est juste à côté. Il a été reconstruit au XVIe  c’est l’actuel presbytère, où habitent les prêtres de la paroisse.

L’actuel office de tourisme est située dans une maison ancienne, avec des pierres de réemploi (au XIXe siècle, c’était la prison).

Les carrières de Meulière et de grès, proches de la ville, et actives jusqu’au XIXe siècle, expliquent que les maisons anciennes sont construites en pierre. L’usage était de couvrir la meulière d’un enduit.

Au Moyen-âge, il devait y avoir des maisons à colombage, à pan de bois, mais peu ont subsisté.

De 2 à 3 : suivre la rue de l’église, à droite la rue Lalande, à gauche la rue Coupé jusqu’à la place du marché au Blé.

La première fortification passait en haut de la rue Lalande.

extrait Mémoire de Chevreuse

L’hôtel-Dieu se trouvait au sud de la rue Coupé, à l’extérieure des remparts. Un autre Hôtel-Dieu (des champs) fut établi au XVIIe au sud de l’Yvette.

De 2 à 3 : suivre la rue de l’église, à droite la rue Lalande, à gauche la rue Coupé jusqu’à la place du marché au Blé.

La première fortification passait en haut de la rue Lalande.

Les premières maisons devaient être basses, à toit de chaume.

Peu à peu elles ont été construites plus hautes. Mais il ne reste aucune maison d’habitation d’avant le 15e siècle. On remarque beaucoup de porches larges, pour faire passer une charrette.

L’hôtel Dieu se trouvait rue Coupé.

Place du marché au Blé. (Le premier marché au blé était plus haut, dans les Larris)

Chevreuse était devenue ville de marché ( chartes royales en 1198, 1239, 1270 et 1280 , sous Philippe-Auguste, Saint Louis IX et Philippe III le hardi) .

Il y avait 4 foires:

  • Ste Croix le 3 mai
  • Ste Madeleine le 22 juillet, près du château
  • St Lubin, le 14 septembre
  • St Martin, les 11 -12 Novembre

De 3 à 4 : de la place du marché au Blé à la place des Halles.

Aperçu de la rue de Paris-Pinceloup, avec quelques grandes maisons qui donnent sur les jardins au pied du château.

Au 70, rue de Paris, la maison date du XVe siècle.

Dans la ruelle qui monte au château, on voit une partie du 70 avec une façade en colombages ou pans de bois.

Maison à colombages

Des maisons, avec de profondes cours ou jardins, permettaient des activités commerciales.

La porte de la Géole était placée entre la rue Savouré et la rue Lucien Brière. Au délà , il y avait un moulin banal, et le lieu de justice. Le pressoir banal était construit de l’autre coté de la ville.

On voit plusieurs chemins piétonniers et le chemin carrossable qui permettait de monter au château.

La ruelle des Larris avec ses bornes de grès pour protéger les murs.

La Place des Halles était le centre commerçant de la ville. 2 marchés par semaine, dans une construction disparue au XVIIIe siècle.

De 4 à 5 : de la place des halles à la maison des bannières

Détail de la maison des bannières, XVe, où étaient perçues les banalités, droits dus au Seigneur pour l’usage de pressoir, four etc..

La maison du prévôt. (Chevreuse est administrée par un prévôt au moins depuis 1188)

Escalier en vis, fenêtre à meneaux. Soigneusement construite en grès, placée entre la ville et le château, elle témoigne de l’impotance de la fonction.

De 5 à 6 : de la maison des bannières au portail de l’église

Observation de la porte nord de l’église, son escalier avec meurtrières.

Les clochers avaient souvent un rôle défensif. Et d’alerte.

Il faut dire que la ville de Chevreuse sera plusieurs fois occupée lors du siège de son château.

De l’an mil à la fin du XVIIe siècle, essentiellement trois familles ont été à la tête de Chevreuse, et chacune s’est rebellée contre le roi de France qui à chaque fois a su prendre le dessus.

Au XII e siècle : La famille de Montlhéry est puissante et cherche à contester le pouvoir royal. Le roi Louis VI le gros en 1108 assiègera le château de Chevreuse, sans succès alors, mais réussira finalement à rallier ce fief . Le roi vers 1140 fera renforcer les défenses du château.

Au XVe siècle : Les ducs de Bourgogne (Philippe le Hardi et Jean sans Peur) tiennent une cour à Paris, et les seigneurs de Chevreuse en feront partie. (En 1418, Jean de Chevreuse sera chambellan du duc de Bourgogne. ) Chevreuse sera donc au main des Bourguignons, opposants au roi de France. C’est seulement en 1438 que les forces royales reprendront le château. En 1440 Chevreuse sera remise en fief à Nicolas ou Colard de Chevreuse.

Au XVIIe siècle : Les Guise sont ducs de Chevreuse, chefs de la ligue catholique et dirigent quasiment le pays sous Henri II, François II et Charles IX. Mais finalement Henri III, exclu de Paris,  les écartera en faisant assassiner à Blois en 1588 les deux frères, Henri « le balafré » et son frères cardinal. Le troisième frère, Charles de Guise-Mayenne poursuivra la lutte, à la tête de la Ligue qui occupe Paris.

En juillet 1589, les troupes royales, présentes dans la ville de Chevreuse assiègent le château occupé par Charles de Guise-Mayenne. Mais ces troupes partent précipitamment le 1er août car le roi vient d’être poignardé à St Cloud où il mourra le 2 août.

L’année suivante, Henri IV, cherchant à rentrer à Paris,occupera le château, en 1590.

Les Guise se rallieront finalement à Henri IV au moment du sacre du roi en 1594.

extrait du registre de la paroisse de Chevreuse 1589

7 : visite de l’église

On entre par le portail, du XVe siècle,  provenant de l’abbaye de Port Royal.

Avec à gauche les fonts baptismaux

En avançant dans la nef principale, on peut se rendre compte de ce qu’était l’église au moyen-âge: une seule nef, avec un chœur placé sous le clocher.

La nef est orientée vers l’est, selon la tradition; le soleil levant étant un symbole de Jésus ressuscité.

Elle date du XIIIe siècle, en pierres de meulière, en grès et en pierre de taille.

Lieu de rassemblement des fidèles , elle a été agrandie en fonction de l’extension de la ville, avec deux bas côtés.

Derrière le clocher, on aperçoit le nouveau chœur

En avançant vers le chœur, sous le clocher, on voit bien le trou rond par lequel pouvaient passer les cordes des cloches. 

L’église a été agrandie avec un nouveau chœur . L’autel actuel est placé en son centre, avec au-dessus un Christ en croix et à gauche une Vierge de Calvaire du XVIe siècle qui rappellent le sacrifice de Jésus qui est commémoré à chaque messe pendant l’Eucharistie.

En allant vers la gauche , dans le déambulatoire autour du chœur, on voit des colonnes analogues à celles de l’église saint Saturnin.

La Vierge à l’enfant (sculptée en bois en 1990) reprend une sculpture du moyen-âge en ivoire du XIVe qui se trouve à Villeneuve les Avignon. Avec le déhanchement typique. La Vierge tend à l’enfant Jésus, en cadeau, un fruit; par ailleurs, elle écrase du pied un être monstrueux du pied.

Elle représente Marie qui porte l’enfant Jésus, rappelant qu’il est « Dieu fait homme pour que l’homme soit Dieu ».

Les trois verrières du fond sont de la fin du XVIe début du XVIIe siècle, avec des bordures du XIXe siècle. 

  • Verrière de la Charité de St Martin:

St Martin, légionnaire romain (+395) donne la moitié de son manteau à un pauvre qui a froid. Il se convertira, deviendra évêque de Tours. C’est lui qui évangélisera les campagnes.

  • Verrière du Calvaire:

Jésus sur la Croix, au Golgotha. Au pied de la croix, Marie, Jean et Marie-Madeleine. Les armes sont celles du cardinal de Lorraine.

  • Verrière de l’Annonciation :

L’ange Gabriel annonce à Marie qu’elle sera la mère de Jésus, ce qu’elle accepte

En bas, à gauche: éducation de la Vierge, et à droite, le donateur, Maitre Audifer et ses enfants, en 1614.

En poursuivant vous verrez:

Le monument au mort de la guerre de 1914-1918, et en dessous un gisant en bois du- Christ au tombeau du XVI e siècle

On voit les toiles de Charles de Coubertin représentant, entre autres, St Lubin, St martin et Ste Marie-Madeleine.

En continuant on voit la tribune du fond, et son Orgue exécuté en 1732 par Louis Alexandre Cliquot et reconstruit 1898 par les frères E. et J. Abbey.

Des panneaux sculptés du XVe siècle  ont été placés dans l’escalier vers 1880.

Sortie par la porte latérale.

Assomption de la Vierge, avec le paysage de Chevreuse, et l’hôtel Dieu

Dans la cour de l’église, on voit le porche reconstitué de lu prieuré Saint Saturnin.

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Photos-illustrations : HB, C.Sauvageot, F.Genestoux, popgouv, IGN 30 9 2020

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